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Le Soufisme, éthique d’incitation à la créativité et combat de tous les jours

«C’est votre destin de combattant qui vous a fait venir au soufisme. Vous combattiez naguère les forces impérialistes et coloniales.Aujourd’hui, vous êtes appelés à un autre combat, encore plus tenace, plus coriace et plus rude. Mais votre ennemi est cette fois-ci plus puissant. C’est un ennemi invisible. Un ennemi qui n’est plus externe. Il est en vous. »

C’est en ces termes que Sidi Hamza, Sheikh de la Tariqa Qadiriya Boudchichiya, s’est adressé, le dimanche 17 mai, à Nguyen Huu Dong, ancien président du Vietnam et un des dirigeants de la lutte héroïque de son peuple, venu au Maroc s’initier au soufisme dans le cadre de la Tariqa, accompagné de deux personnalités recherchant la même quête, Michel Thao Chan, disciple de Sidi Hamza, chercheur et consultant international, fils du secrétaire général du Kumintang vietnamien durant la révolution pour l’indépendance, et de Thong Thanh Khanh, Prince des CHAMS, communauté musulmane de l’Asie du Sud- Est, docteur es lettres et professeur des universités.

Et comme pour sceller une véritable communion entre les peuples marocain et vietnamien, ces personnalités, dont le parcours a été marqué par l’action militante pour la défense des droits de leur peuple, sont venus au Maroc chercher des armes pour un autre combat ; relayant ainsi le général Giap, figure de proue de la résistance du peuple vietnamien, qui avait également tiré profit d’une autre expérience marocaine, celle de Mohamed ben Abdelkrim El Khattabi et de la guérilla qu’il mena avec succès contre l’armée espagnole. De plus, et lors de sa visite au tombeau de Sidi Mokhtar, grand-père de Sidi Hamza, la délégation vietnamienne fut surprise d’apprendre qu’il fut l’un des chefs de la résistance à l’occupation française qui cherchait, dès 1906, à entrer au Maroc à partir des confins algériens. Rares sont d’ailleurs aujourd’hui ceux qui connaissent ce rôle historique de la Tariqa et son action inlassable pour la défense des intérêts suprêmes de la nation.

Tout cela poussa Nguyen Huu Dong, qui fut l’un des plus jeunes prisonniers politiques de la première guerre d’Indochine, à relater, avec un brin de nostalgie, l’image qu’il s’est faite de nos compatriotes mobilisés dans le cadre de l’armée française à l’époque, pour jouer le même rôle joué dans notre pays, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, par les soldats de la « légion », notamment les Sénégalais. Ces hommes, disait-il, dont un grand nombre finit par rejoindre les résistants vietnamiens, étaient d’un courage exceptionnel et d’une foi qui forçait le respect. A l’écouter, on ne pouvait s’empêcher de se rappeler Haiphong, Hanoi, Saigon, le Mékong, Dien bien phû, et le golfe du Tonkin; ou de penser aux personnages de La condition humaine, notamment Tchen, mais aussi Katow, Kyo, et de se rappeler surtout cette réponse d’un de ces personnages :« Mais il éprouvait assez le respect du maître, la seule chose que la Chine lui eût fortement inculquée », ou cette assertion, dans un autre passage, où André Malraux fait également parler un de ses personnages rétorquant à un autre : « Dans l’éducation japonaise, les idées ne devaient pas être pensées mais vécues.»

Nous avons là un grand enseignement à tirer de la culture asiatique, enseignement qui est pourtant profondément ancré dans notre tradition, mais que nous n’avons pas su sauvegarder, et qui explique, pour une grande part, la réussite du modèle économique du Japon, des dragons asiatiques et, aujourd’hui, de la Chine ; développement où la spiritualité a joué un rôle de premier plan comme nous l’apprend Michio Morishima dans « capitalisme et confucianisme, technologie occidentale et éthique japonaise ». L’expérience asiatique, y compris celle de pays musulmans comme l’Indonésie et la Malaise, réfute d’ailleurs l’affirmation weberienne de la supériorité de la culture occidentale et, au sein de cette dernière, de l’éthique protestante, comme facteur explicatif du développement économique et de l’esprit d’entreprise.

Les voix de nos amis vietnamiens, issus d’une culture marquée par le bouddhisme, viennent s’ajouter à celles de beaucoup de soufis qui, comme l’intellectuelle française Eva de Vitray Meyrovitch, ont été élevés dans la tradition chrétienne, et ont embrassé l’Islam, grâce à l’enseignement de la Tariqa Qadiriya Boudchichiya. En réponse à la question qui lui fut posée par Rachel et Jean-Pierre Cartier, dans Islam, l’autre visage, Eva répondit que le Coran est un rappel, en langue claire. « Le rappel de ce qui est éternel et qui peut être perçu instantanément par l’âme ».
C’est pour cela qu’on ne peut parler de conversion dans le cas de ceux et de celles qui embrassent l’Islam, tradition primordiale. Michel Thao Chan, l’a exprimé, avec la sagesse de l’homme de cur qu’il est : Je ne suis pas venu, je suis arrivé.

Source : http://www.maghress.com/fr/lematin/114204