Tordre la dunya

La seule chose qui se plie

– « N’essaie pas de tordre la dunyâ, car c’est impossible. Tu dois essayer de te concentrer pour faire éclater la vérité. »
– « Quelle vérité ? »
– « La dunyâ n’existe pas. »
– « La dunyâ n’existe pas ? »
– « Et là, tu sauras que la seule chose qui se plie ce n’est pas la dunyâ, c’est seulement ta nafs. »

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Si tu désires t’affranchir de ta nafs

« Si tu désires t’affranchir de ta nafs ( âme passionnelle ), rejette ce qu’elle essaye de te suggérer et ne t’occupes point d’elle, car certes, elle ne cessera pas de t’assaillir et ne te laissera pas en paix elle te dira par exemple tu es perdu ! Que ses insinuations ne te troublent ni ne t’effrayent, quoi qu’elle dise, mais restes assis, si tu étais assis, ou debout, si tu étais debout ; continue de dormir, si tu dormais, de manger, si tu mangeais, de boire, si tu buvais, de rire, si tu riais, de prier, si tu priais, ou de réciter, si tu récitais, et ainsi de suite. Ne l’écoutes pas, sauf si elle te dit : tu fais partie des croyants, de ceux qui connaissent Dieu, ou : tu es dans la main de Dieu, et Sa grâce et Sa générosité sont immenses. Car elle ne cessera pas de te harceler avec ses insinuations, tant que tu ne restes impassible comme nous l’indiquions, tout en te conformant à la coutume (sunnah) mohammédienne. Mais si tu lui prêtes l’oreille, elle te dira d’abord : tu es en perte! Puis: tu es un malfaiteur! Et si l’incroyance n’était pas la limite même de l’épreuve, elle te dirait : tu es un incroyant, puis elle augmenterait encore ses accusations… »

Cheikh al-‘Arabî ad-Darqâwî (qaddasa Allahu sirrahu)

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Une fois je perds, une fois je gagne

Sufyân Ath-Thawrî a dit : « Je n’ai pas eu affaire à plus difficile que mon âme : une fois je perds, une fois je gagne. »
[Sifah As Safwah (2/779)]

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« Ainsi fais l’épreuve du bien, pour que tu chasses un peu d’orgueil! »

« La première chose que j’appris de mon maître (que Dieu soit satisfait de lui), était celle-ci: il me chargea de deux paniers remplis de pruneaux. Je les pris par la main au lieu de me les poser sur la nuque, comme il me l’avait indiqué, mais malgré cela, cette chose me pesait beaucoup et m’était si pénible que mon âme (nafs) se contracta; elle s’agitait, se chagrinait et se troublait à l’extrême, à tel point que j’en pleurais presque, – et, par Dieu, je devais encore pleurer à cause de toutes les humiliations, le mépris et le dépit que j’allais subir en cette situation , – car mon âme n’avait jamais encore accepté pareille chose ni baissé la tête, et jusque-là j’avais été inconscient de son orgueil, sa révolte et sa corruption; j’ignorais si elle était orgueilleuse ou non, et aucun des théologiens dont j ‘avais suivi les cours – et ils étaient nombreux ne m’avait renseigné sur ce point. »

(1 Pour un jeune lettré de famille noble, comme al-‘Arabî ad Darqâwî, il était très humiliant d’assumer le rôle d’un porteur de marché aux fruits et légumes. En traversant la ville avec sa charge de pruneaux, il devait rencontrer ses anciens professeurs et collègues ainsi que des membres de sa patenté qui ne manquaient pas de lui faire remarquer l’inconvenance de son rôle.
Les masques conventionnels tombés, les vraies intentions des gens se manifestèrent.)

–  » Or, lorsque je me trouvai dans cette perplexité et peine, voici que le maître avec sa grande intuition vint vers moi, prit les deux paniers de mes mains et me les chargea sur la nuque en disant: « Ainsi fais l’épreuve du bien, pour que tu chasses un peu d’orgueil! » Par ces paroles, il m’ouvrit la porte de la droiture, car j’appris dès lors à distinguer les orgueilleux des humbles, les sérieux des légers, les savants des ignorants, les hommes de tradition des innovateurs et les hommes qui ont de la science et l’appliquent de ceux qui n’ont que de la science sans la mettre en pratique. Par la suite, aucun traditionaliste (sunni) ne put plus me tromper avec son savoir, ni aucun innovateur avec ses innovations; aucun savant ne m’en imposa plus avec sa (seule) science, aucun (faux) dévot avec ses dévotions, ni aucun (faux) ascète avec ses privations.

Car le maître (que Dieu soit satisfait de lui) m’avait appris à distinguer la vérité de la vanité et le sérieux de la farce; que Dieu l’en récompense et le protège de tout mal! »

Lettres d’un maître soufi
SHEIKH AL-‘ARABI AD-DARQÂWÎ